Télécharger l'application

Romans de romance dans un seul endroit

Chapitre 1Le Retour à Marseille


Élise Duval

Le train s’immobilisa dans un frémissement métallique, et Élise sentit une tension familière se nouer dans son estomac. Marseille. L’air avait ce goût particulier, chargé de sel, de chaleur et d’une nostalgie qu’elle avait tenté d’enfouir pendant des années. Tandis qu’elle descendait avec sa valise de cuir usée, son regard se perdit dans la foule pressée qui l’entourait. Tout semblait immuable, comme si la ville avait figé ses contours depuis son départ. Pourtant, sous cette apparente permanence, elle sentait les couches de souvenirs enfouis, prêtes à refaire surface.

Le taxi qui l’emporta depuis la gare roula lentement dans le dédale des rues étroites et chaotiques, où les façades colorées des immeubles s’effritaient sous le poids du temps. Les volets écaillés et les éclats de voix des ruelles créaient un tableau vivant, presque inchangé. La voix chaleureuse du chauffeur, imprégnée d’un accent local, résonnait en arrière-plan, mais Élise n’écoutait pas. Ses pensées s’attardaient sur des souvenirs d’enfance : les promenades avec son père, son regard attentif sur la ville, décrivant chaque coin avec un mélange de fierté et de vigilance.

Lorsque le taxi s’arrêta devant un immeuble simple à l’extérieur du centre-ville, Élise inspira profondément avant d’entrer. L’appartement qu’elle avait loué était modeste mais fonctionnel, avec des murs blancs et des meubles simples. La grande fenêtre laissait pénétrer la lumière du soir, diffusant une douce lueur dorée sur le parquet. Elle posa sa valise près du canapé et parcourut rapidement les lieux.

Un bureau en bois, situé dans un coin de la pièce principale, attira son attention. Dessus, une vieille boîte dépassait légèrement d’un amas de papiers. Intriguée, Élise s’en approcha et souleva le couvercle. Immédiatement, une vague de souvenirs la submergea. À l’intérieur se trouvait une série d’objets : des articles de journaux jaunis, des photographies en noir et blanc… et une plaque de police qu’elle reconnut instantanément.

Un frisson glacé lui parcourut le dos alors qu’elle effleurait la plaque du bout des doigts. Les coupures de presse racontaient des histoires de conflits mafieux, de disparitions mystérieuses et d’enquêtes suspendues. Elle feuilleta les articles avec précaution, son cœur battant plus vite à chaque mot. L’un d’eux attira particulièrement son regard : un article non résolu évoquant un policier assassiné lors d’une enquête sous couverture. Les détails étaient troublants de familiarité.

Élise s’adossa au bureau, les doigts crispés sur un bord, tandis que son esprit tentait de rassembler les morceaux épars d’un puzzle qu’elle avait évité trop longtemps. Les souvenirs qu’elle avait refoulés menaçaient de remonter à la surface, mais elle n’était pas encore prête. Elle referma la boîte avec précaution, comme pour enfermer ces fragments du passé qui continuaient à la hanter.

Son téléphone vibra alors sur la table basse, la ramenant brusquement à la réalité. L’écran affichait le nom d’Anna.

— Tu es arrivée ? demanda la voix vive d’Anna, teintée d’une inquiétude contenue.

— Oui, répondit Élise en s’asseyant sur le canapé. Je viens juste de poser mes affaires.

— Et… comment tu te sens ?

Élise hésita. Comment expliquer ce mélange d’anxiété, d’excitation et de crainte ?

— Ça va, dit-elle prudemment. C’est étrange d’être ici après tout ce temps. Et toi ?

Anna soupira de l’autre côté de la ligne.

— Toujours sur un article qui pourrait me valoir des ennuis. Mais on en parlera demain. Tu passes au Vieux-Port ?

— Oui, confirma Élise en jetant un œil par la fenêtre où les premières lumières de la ville scintillaient. Disons vers dix heures ?

— Parfait. Et Élise… sois prudente.

Un bref silence suivit avant qu’Anna ne raccroche. Élise garda le téléphone dans sa main un instant, les mots de son amie résonnant dans son esprit. "Sois prudente." Anna n’était pas du genre à s’inquiéter inutilement. Ces quelques mots, associés à l’atmosphère pesante de la ville, renforçaient son intuition : quelque chose d’obscur se tramait, et elle était sur le point de s’y plonger.

Tandis que la nuit enveloppait l’appartement, Élise s’efforça de reprendre contenance. Elle déballa ses affaires avec une méthode presque rituelle. Ses vêtements, soigneusement pliés, trouvèrent leur place dans l’armoire. Sur le bureau, elle aligna ses outils de restauration – pinceaux, solvants et carnets –, une vision réconfortante dans ce nouvel environnement. Enfin, elle posa une petite photographie encadrée sur la table de chevet : un cliché d’elle, enfant, perchée sur les épaules de son père, tous deux souriants sous le soleil éclatant de Marseille.

Lorsqu’elle eut terminé, Élise s’assit sur le bord du lit, ses pensées dérivant vers les jours à venir. La Villa Moretti, majestueuse et énigmatique, l’attendait. Ce contrat, officiellement une opportunité professionnelle prestigieuse, était bien plus que cela. La fresque qu’elle s’apprêtait à restaurer, avec ses motifs anciens et ses histoires cachées, semblait déjà l’appeler, porteuse de réponses à des questions qu’elle n’osait pas encore formuler.

Le bruit lointain des klaxons et des rires montait de la rue, mêlé au chant discret des grillons. Marseille respirait autour d’elle, vibrante et imprévisible, comme un théâtre où les ombres et la lumière jouaient une pièce qu’elle n’avait pas encore déchiffrée.

Elle se leva lentement et s’approcha de la boîte, reléguée sur le bureau. Elle hésita un instant, puis sortit un article qui paraissait particulièrement ancien. Une photographie en noir et blanc attira son regard : un groupe d’hommes posant devant une ruelle familière. Elle fronça les sourcils. Cette ruelle ressemblait étrangement à un endroit proche de la Villa Moretti.

Avec une inspiration profonde, elle rangea soigneusement l’article dans la boîte et la referma. Demain, elle verrait Anna. Et bientôt, elle ferait face à Luca Moretti. Une chose était certaine : revenir ici n’avait rien d’un hasard.