Chapitre 1 — Disparition dans les ombres
Rémi Gabriel
La lumière des réverbères se reflétait faiblement sur la chaussée humide, créant des halos vacillants dans l’obscurité de cette nuit parisienne. Rémi Gabriel, trempé jusqu’aux os, tirait nerveusement sur les manches de sa veste en jean, jetant des regards rapides autour de lui. La rue semblait figée dans le temps, presque déserte, à l’exception de quelques silhouettes lointaines sous leurs parapluies. Chaque ombre paraissait suspecte, chaque bruit dans la pluie semblait amplifier son malaise. Les gouttes d’eau s’écrasaient sur son téléphone portable qu’il tenait fermement dans une main, l’écran illuminant son visage crispé, marqué par un mélange d’angoisse et de détermination.
Il leva les yeux vers la devanture discrète du club "Le Jeu Faux", un lieu aussi intrigant qu’inaccessible, dissimulé derrière une façade élégante de pierre grise. À première vue, rien ne trahissait la nature des affaires qui s’y déroulaient, si ce n’était l’homme massif posté à l’entrée, vêtu d’un costume noir impeccable. Ce dernier ne prêta presque aucune attention à Rémi, mais sa simple présence suffisait à accentuer son malaise.
Rémi hésita, ses doigts glissant sur l’écran du téléphone. Il relut une énième fois le message qu’il avait écrit à sa sœur : *"Léa, je suis en danger. Je crois que je peux trouver des réponses ici. Je t’expliquerai tout après. Promets-moi de ne pas venir."* Une boule se forma dans sa gorge, et son pouce resta suspendu au-dessus du bouton d’envoi. Une partie de lui savait que Léa n’obéirait jamais à cette injonction. Mais il n’avait plus le choix.
Cela faisait des mois qu’il vivait dans la peur, entre squats délabrés et chambres miteuses d’hôtel, fuyant des visages qu’il ne reconnaissait pas mais qu’il percevait comme une menace constante. Pourtant, ce soir, tout avait changé. Quelques heures plus tôt, il avait reçu un appel anonyme, une voix rauque lui murmurant une phrase cryptique : *"Ils savent où tu es. C’est ta dernière chance, gamin. Fais un pas, ou sois effacé."*
Un frisson parcourut son échine. Était-ce un piège ? Peut-être. Mais rester immobile signifiait une mort certaine. Le message l’avait poussé à sortir de l’ombre, à affronter ses peurs. Il inspira profondément, appuya sur "envoyer", puis glissa son téléphone dans la poche arrière de son jean.
Ses jambes semblaient faites de plomb alors qu’il s’approchait des portes du club. Chaque pas résonnait sur les pavés mouillés, amplifiant son isolement et sa vulnérabilité. Lorsqu’il arriva face à l’entrée, le gorille à l’entrée le dévisagea sans un mot, ses yeux scrutant chaque détail de son allure.
"Invité ?" demanda-t-il d’une voix rocailleuse, presque désintéressée.
Rémi déglutit difficilement, sentant son cœur battre à tout rompre. Il baissa légèrement les yeux et répondit avec hésitation : "On m’attend."
Un silence tendu s’étira. Le vigile haussa un sourcil, puis laissa échapper un sourire narquois. "Évidemment qu’on t’attend." Il ouvrit la porte d’un geste fluide, s’écartant pour le laisser passer. Rémi sentit un frisson glacé lui parcourir l’échine. *Ils savent que je viens.*
À l’intérieur, le contraste était saisissant. Une lumière tamisée baignait le club dans une ambiance feutrée. Les lustres en cristal projetaient une lueur diffuse sur des banquettes en velours, tandis que des conversations murmurées flottaient dans l’air, entrecoupées par les tintements délicats de verres de champagne. Une musique douce et hypnotique jouait en fond, ajoutant une touche de mystère à l’atmosphère.
Rémi fit quelques pas, fasciné malgré lui par le luxe oppressant de l’endroit. Des hommes en costumes impeccables et des femmes parées de robes somptueuses sirotaient leurs boissons avec élégance, leur indifférence affichée contrastant avec sa nervosité palpable. Pourtant, il avait la désagréable impression que des regards furtifs s’attardaient sur lui, comme si une partie invisible de l’endroit surveillait chacun de ses mouvements.
Il s’arrêta près d’un bar en bois foncé, hésitant sur la marche à suivre. Une main ferme se posa soudain sur son épaule, le faisant sursauter.
"Rémi Gabriel, je présume ?" dit une voix masculine, basse et glaciale, dans son dos.
Il pivota lentement, découvrant un homme bien habillé, aux traits sévères. Ses cheveux noirs étaient soigneusement coiffés en arrière, et son sourire n’avait rien de rassurant. Derrière lui se tenait un second individu, plus jeune, mais tout aussi intimidant.
"Je… oui," balbutia Rémi, son sang glacé par la peur.
"Lève pas la voix, gamin," murmura l’homme en l’entraînant doucement à l’écart du bar. "Tu as un sacré culot de te pointer ici sans invitation."
"Je…" Rémi chercha ses mots, sa voix tremblante. "Je veux juste parler. Je… je cherche quelqu’un."
Un rire bref et sec éclata chez l’homme, presque ironique. "C’est ce qu’ils disent tous." Ses yeux se plissèrent, devenant deux fentes menaçantes. "Mais on va voir si t’as des intentions cachées, hein ?"
Avant que Rémi ne puisse réagir, les deux hommes l’entraînèrent vers une porte discrète à l’arrière du club. Son cœur battait à tout rompre tandis qu’ils traversaient un couloir faiblement éclairé. L’air semblait de plus en plus étouffant, comme si les murs se refermaient sur lui. Les talons de ses agresseurs résonnaient dans le silence, implacables.
Lorsqu’ils atteignirent une petite salle aux murs nus, l’atmosphère changea brutalement. Le jeune homme derrière Rémi lui attrapa fermement le bras, et avant qu’il ne puisse réagir, il fut plaqué contre le mur.
"Attendez !" s’écria Rémi, sa voix tremblante. "Je ne suis pas une menace. Je veux juste poser des questions. S’il vous plaît…"
Mais ses paroles furent interrompues par un violent coup de poing dans l’estomac. Il s’effondra à genoux, haletant de douleur, les yeux embrumés de larmes.
"Tu vois, gamin," dit l’homme en s’accroupissant à sa hauteur, son ton froid comme la lame d’un couteau. "Dans ce genre d’endroit, poser des questions, ça peut te coûter bien plus que tes dents."
Rémi leva un regard désespéré vers son agresseur. "Je… je sais quelque chose sur le clan rival," murmura-t-il, sa voix à peine audible.
Un silence s’installa. L’homme s’arrêta, intrigué. "Ah vraiment ?"
Avant qu’il ne puisse en dire plus, un bruit de talons résonna dans le couloir. La tension dans la pièce bascula instantanément. Une silhouette féminine apparut à l’entrée de la pièce, élégante et imposante malgré sa petite taille. Ses cheveux blonds platine scintillaient sous la lumière tamisée, et ses yeux, glacials, balayaient la scène d’un regard pénétrant.
"Lâchez-le," ordonna-t-elle d’un ton glacial.
Les deux hommes obéirent immédiatement, reculant de quelques pas. Rémi, toujours à genoux, leva les yeux vers la femme, cherchant à comprendre ce qui se passait.
"Amenez-le," dit-elle finalement, avant de tourner les talons et de disparaître dans l’ombre du couloir.
Rémi sentit deux paires de bras le soulever sans ménagement. Alors qu’ils le faisaient sortir de la pièce, il aperçut son téléphone, tombé sur le sol pendant la lutte. L’écran illuminait encore un appel manqué de Léa.
Son estomac se serra. *Je n’aurais pas dû l’impliquer…*
Le groupe s’enfonça dans les couloirs sombres, et l’angoisse de Rémi ne fit que grandir. Il ignorait où ils l’emmenaient, mais une chose était sûre : il venait de s’engager sur un chemin dont il ne voyait pas l’issue.