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Romans de romance dans un seul endroit

Chapitre 1COMMENT ILS SURENT…


I

Nicolas de Galart se préparait pour la sortie matinale et coutumière ; le domaine demandait qu’on s’en occupât comme d’une personne vivante, bien vivante, certes, mais délicate : quelques années d’indifférence, et la vie s’en serait retirée. La nation fut ainsi faite d’un souci diligent, penché sur chaque parcelle : pas une lande qui ne fût ensemencée d’arbres et, grâce à l’attention d’un propriétaire, qui ne trouvât l’essence qu’elle pouvait enfin nourrir. Voilà comment le plus beau royaume sous le Ciel prit cet aspect de parc où les envahisseurs s’avançaient émerveillés.

La terre des Galart était rétive et dure ; il fallait, pour cette enfant oublieuse, plus de soins encore, et, de l’inquiétude passionnée qu’elle demanda, vint peut-être, pour elle, leur étrange et puissant amour.

L’hiver allait bientôt finir ; on le sentait : les soirs paraissaient plus longs ; sur quelques talus bien exposés, les touffes de primevères commençaient d’élargir leurs feuilles grasses ; quand un rayon de soleil s’attardait aux boqueteaux qui, dans la vaste plaine, subsistaient de la forêt primitive, on voyait sourdre des hautes branches une poudre rose impalpable, née, semblait-il, de la lueur. Mais c’étaient les arbres, les cépées de chêne ou de hêtre, qui bourgeonnaient.

Les boqueteaux, dans leurs superpositions, approfondissaient encore la campagne et reculaient sa limite vaporeuse, sa toile de fond argentée et flottante. Ils agissaient, pour la vue, en manière de portants, de chicanes. Les premiers restaient violâtres, et derrière, les autres finissaient par atteindre l’horizon en laissant fuir leur pourpre, dans une anémie bleuissante, qui les faisait pâlir – pâlir – jusqu’aux plus éteints des gris lavande et des scabieuses.

Alors, au lointain, la tonalité des arbres devenait si fine que les nuées, coupées par le plateau, donnaient le sentiment d’appartenir au sol, comme des collines. Ainsi l’homme des plaines hautes arrive à chercher, là-bas, des montagnes ; et puis, au-delà, des grèves étincelantes et des récifs clairs : des flots et des golfes, plus beaux que tous ceux des mers fastueuses.

Le plateau monotone vous rejette vers le ciel ; vers ses mirages ; et l’âme, de tout son rêve, enrichit les terres pauvres.

Galart prit sa houppelande fourrée, ses gants en peau de chien, et décrocha son fusil ; non qu’il chassât bien fermement, mais rien de mieux qu’un fusil au bras n’autorise la flânerie d’un honnête homme. D’ailleurs, avec tous ces gens qui ne travaillaient plus, ces chômeurs volontaires ou forcés, la contrée perdait sa tranquillité sûre ; et il devait aller loin, de l’autre côté de l’horizon. Les bordiers de forêt se lamentaient des lapins. Certes, le duché possesseur des bois aurait dû les indemniser, mais rien ne semblait facile. Pas la faute de ces grands seigneurs, qui, tellement aimés, faisaient bien mentir le dit-on :

Terre de duché,

Terre de curés,

Saute bordier !

Hélas, qu’allaient-ils devenir, les Broglie, avec la mort de leur chef ? Les temps s’annonçaient terribles ! Cependant la terre est exigeante : les mélancolies, les peines ni les craintes, elle ne les veut connaître : il faut s’occuper d’elle de cœur généreux, de cœur content :

Laboureur triste… triste laboureur !

Allons, toi aussi, saute ! marquis…

*

Le temps était bleu et calme. Galart regarda sa terre ; elle se situait en pays pauvre, près de l’Auge riche. Il ne fallait pas tenter d’y engraisser le haut bétail, mais seulement préparer l’animal pour le vendre, avant qu’il fût de boucherie. On faisait de la charpente et du muscle, sur ce sol ferreux ; on apporterait la viande dans l’Auge, où l’herbe mangée repousse sous le bœuf. Acheter à l’est ; vendre à l’ouest.

La prairie naturelle donnait le plus sûr rendement ; toutefois, qu’il fallait la surveiller ! Son déclin était presque imperceptible : on ne s’en apercevait qu’à tel enclos qui, après avoir nourri quatre grosses pièces, n’en voulait plus que trois… Oubli de fossés, négligences de fumure ; surtout, agressivité de la forêt première.

La forêt avait ses troupes, ses enfants perdus : les épines noires, qui jaillissaient subrepticement des boqueteaux, annoncées par de grands terrassements de taupes porteuses de germes. Les buissons piquants formaient vite un archipel où les bêtes rechignaient d’entrer. Trois ans, et les épines possédaient la prairie ; elles aspiraient l’herbe et la desséchaient autour d’elles. Il fallait non pas couper, mais extirper, immédiatement.

Galart emportait toujours avec lui quelques chiffons, dans ses promenades ; et l’on voyait le comte s’arrêter en plein herbage, mettre son fusil en bandoulière, fouir et couper l’épine qu’il travaillait au couteau, minutieusement. Après son départ, on distinguait, à la place attaquée, de petites balises surmontées d’une banderole : il avait fendu la tige, et repiquée à l’envers, son mince drapeau flottant, elle annonçait le danger.

Alors, haussant l’épaule, mi-grognon, mi-épanoui, le métayer s’en venait avec sa houe déraciner le pied d’épine : « Si j’y manquais, moi, disait le croquant, lui ne me manquerait point ! » Cependant le rustre était touché au cœur, dans son farouche et coléreux amour, son âme de terreux : le comte et lui étaient du même bord, des fervents du sol : des manants tous deux ; des manants, le beau mot qui réunissait gentilshommes et terriens… de maneo : je reste, je persévère et j’attends. Les autres pouvaient fuir ; pouvaient courir où l’on se divertit : à eux, les manants, de continuer, d’assurer.

*

La saison avait été favorable. Tout le fumier couvrait la terre. Il y faut de la gelée pour qu’on puisse charger à comble les chariots. La campagne reçoit un ordre impérieux du temps, auquel chaque laboureur obéit. Avant de sortir, le châtelain était monté au haut de la maison pour vérifier, d’un regard circulaire, la fumure générale : la surface jaune et blanche, argile et marne, l’herbe même, étaient piguelées de petits monticules noirs : les tas d’engrais consommé, disposés avec la belle – ou machinale – régularité paysanne : une longueur d’attelage. Ainsi, sur toute l’étendue, régnaient des quinconces de petits volcans sombres qui, réchauffés par le soleil, fumaient bleu.

Dans tout cet ordre, on pouvait trouver un réconfort, de l’espoir. Pas un profit immédiat à en attendre : l’année ne donne point nécessairement en proportion des soins, mais ces soins restent quand même dans les profondeurs des avenirs. Il ne faut pas attribuer une fructification d’argent à toutes les œuvres du sol : ils nourrissent la terre ; lui assurent une religion. Au fond de soi-même, le hobereau se sentait dans l’état d’esprit d’un pieux homme qui rend son culte au Seigneur-Dieu, sans rien lui demander qu’une augmentation, peut-être, de sa piété personnelle.

Il atteignit enfin la campagne : c’est l’espace hors des bocages où sont les hameaux ; le vide espace des cultures entre les bois.

Ici, son esprit se déliait ; non que sa pensée devînt plus spécialement agile : elle ne l’était jamais ; simplement, son imagination lente se délivrait de ses soucis coutumiers, de ce qui encombrait son âme. Au milieu des champs infinis, il arrivait avec ce sentiment de l’homme de mer qui parvient au large… Toutes les difficultés terrestres demeurent au rivage ; les choses qui compliquent et découpent la vie des hommes, le cèdent au monde uniforme. On redevient son maître, d’être si complètement seul.

Il avançait à pas vifs, dans une sorte de bonheur mélancolique. Ses chiens étaient loin, et de temps à autre, un de leurs jappements lui sollicitait l’oreille. Ici tout prenait une sonorité ! encore plus grande qu’en mer. Galart croyait bien se rendre compte qu’agissaient de mystérieuses lois acoustiques : la suite de ces plateaux formait des conques usées ; une réunion de coupes aplaties… vingt lieues de cratères immensément évasés, qui se touchaient les uns les autres. Au soleil couchant, de haut, ainsi devaient les voir les grands rapaces, quand les ombres frisantes accusaient leurs dépressions. Et les phénomènes des vasques s’y reproduisaient : un bruit, sur le bord, gagnait l’autre bord quelque loin qu’il fût, guidé par les concavités – avant de couler musicalement au fond.

Dans ces cirques apaisés, on entendait les roulements des voitures aux grands chemins depuis Saint-Pierre, à une lieue ; et, quand les armées faisaient leurs exercices ou leurs guerres, le son du canon sortait des bois.

Les soirs d’été, le bruit disloqué des essieux retentissait, alors qu’on rentrait les javelles ; dans le matin, le chant d’un berger semblait monter jusqu’au ciel pâle, droit comme une fumée des chaumes.

*

Vers le sud, la terre parut floconner ; au milieu du champ couleur de lion, une guérite bleue sur roues levait ses brancards : les moutons, le berger et sa cabane. Des points noirs et vifs, toujours en mouvement, cernaient l’amas laineux : les chiens.

— Eh, bonjour ! mon Césaire… Ça va-t-i comme tu veux ?

Le vieil homme souleva son chapeau de jonc et sourit ; puis il fit une moue :

— Non, not’ maître ; mais va quant-même…

— Le troupeau ?

— Oui. Pas trop de mal-être, mais, du mal-va ! La bête ne tient point. Les maît’ béliers ne trouvent ni chaume, ni lisière même, à leur convenance. On cherche le manger sans répit… (Il parla aux bêtes.) Rrrou-itt ! Rrrou-itt’… Blaizot à dret ! et schmell ! Schmell ! (Vite ?… peut-être une corruption du mot allemand ?) – (Il parlait aux chiens.) Blaizot ! schmell ! Tenez, not’ maît’ : le grand Rouget, il est cor’ en maraude…

Les chiens du château, assis sur leur derrière, attendaient très loin. Ils n’approchaient pas les chiens du troupeau, démons noirs efflanqués, aux yeux si terriblement clairs, qui s’affairaient dans une rage muette. Sans autre bruit qu’un froissement étouffé, un cliquetis de tiges sèches, les moutons refluaient.

— Oui…, fit le maître, c’est drôle… Et les mères ?

— Beaux ventres ! répliqua l’homme ; mamelles raidies, et sûrement du double partout (deux naissances) ; mais, elles ont le bêlis. Marchez ! not’ maît’, dès que vous avez passé la sente Rousse, elles vous ont nommé… R’gardez le carroi… au loin !

Très loin, en effet, un lourd attelage gris menait du fumier noir, mais si loin ! perceptible à l’ouïe seulement à cause de la conductibilité de la plaine. Une brebis s’arrêta ; une autre cessa de brouter ; puis, toutes, elles se tinrent, longues, le cou tendu vers les hommes des fonds, et bientôt commença le bêlis :

… une discordante et sourde mêlée de voix, si tremblantes, si résignées ; faite d’une telle soumission au désespoir, au mauvais destin ; éveillant l’idée d’une foule vaincue qui accepterait la souffrance pourvu qu’on lui permît de se plaindre, – à petit bruit – comme en rêve…

Sombres, le comte et le berger regardaient le troupeau. Enfin le berger modula un sifflet ; les brebis revinrent au sol.

— Y a de ça, de la faute à ça, fit l’homme, en exhibant une poignée de glaise scellée d’une empreinte : une patte de chien, forte.

Le maître haussa les sourcils.

— Oui, not’ maît’, deux loups et une louve… J’ai trouvé trace des mamelles de la femme emmi les marnes ; j’allume depuis trois soirs…

— … C’était donc toi, berger, ces lueurs ?

— Moué ! et j’ai vu luire leurs yeux aux braises… Tout cela de la vermine à Saint Evroult (bêtes sauvages).

Et il cracha par terre en jouant avec la motte, pensivement.

— Si tu es sûr, je m’en vais prévenir M. du Halleys ; il serait ici demain avec ses vautres ?

— Non ! fit le berger ; suis sûr, mais j’suffis et j’ai crainte de malheur ; mieux vaut danger de loup que d’autres… Il me tient en veille.

— Veux-tu un fusil, Césaire ?

— Un fusill’…, fit l’homme avec un rire presque douloureux ; non ! not’ maît’… un fusill’, au berger ! (Il se grandit sous la limousine fauve ; lui, courbe et lié au sol, devint très haut sur la terre pâle.) Not’ maît’ ! non… Bergers ont d’aut’z’armes !

*

Tandis que M. de Galart reprenait sa route, il l’entendit répéter en marmonnant avec une fierté redoutable :

— … berger a d’aut’z’armes…

Le maître se retourna encore : le berger levait le bras pour saluer, et comme il semblait déjà loin ! Quand on marchait ici, les choses paraissaient vous fuir ; bien plus vite que votre marche ; comme si la plaine eût été entraînée sous vos pas d’un mouvement contraire ainsi qu’un tapis sans fin, qui glisserait.

« Je lui ferai porter du vin, pensait le comte ; ceux-là, les plus à plaindre, ne se plaignent jamais. Les loups ? Est-ce possible ? » Mais il songea à sa remise charretière dont l’imposte brunissait sous cent pattes de loups : cent pattes droites avant, fichées par un clou. Son grand-père avait accroché là les trophées ruraux de ses chasses, du temps où jaillissait toute maisonnée, depuis les gars-de-sauce armés de broches, jusqu’au magister et sa férule, quand retentissait le cri qui mettait la campagne en folie : « Au loup ! Ououh ! Au loup ! »

Quelques-uns encore ? Une « passée », voyageant entre les grandes forêts ? Que pensait exactement le berger ? N’irait-il pas jusqu’à sacrifier une ou deux bêtes malingres, holocauste mystérieux… « Berger est maître…, le dernier maître », pensa tristement le comte.

*

Il se dirigeait vers les hauteurs des courbes, sur un tas de marne qui marquait un point culminant, une sorte de pyramide tronquée qu’on voyait de très loin : socle qui donnait l’impression de soutenir les nuées lourdes, les volutes pressées des nuages. Le sommet du plateau formait là une friche que Galart pensait semer en pins, la terre refusant les céréales. La colonnade eût été belle, ainsi placée, et utile, pour opposer barrière au vent.

Près du tas, dans la haute lumière, une immense roue morte gisait sur le côté, squelettique, argentée de toute son usure : c’était l’ancien élévateur de marne, à l’intérieur garni de degrés où s’accrochaient les hommes, pour la mettre en mouvement.

La « machine ! » le châtelain l’avait connue dans son enfance, bien droite, et balancée sur ses pivots ; et combien de fois avait-il essayé de la mettre en branle tout seul ! Mais son poids infime n’en tirait que des craquements, un miaulis de chat, elle qui marchait si bien à quatre hommes ! La machine, alors, remplissait le paysage de sa plainte qui devenait, avec les distances, des chants aigus d’oiseau. À près d’une lieue du château, les chuintements de ses paliers parvenaient jusqu’à là, malgré tout le suif qu’on y coulait : « En a-t-elle mangé du bœuf ! » disaient les ouvriers rieurs ! Après les moissons, comme on tirait au crépuscule, sa voix restait liée aux beaux soleils épais, huileux, des fins d’été.

On l’avait baptisée « le moulin sec », et, vraiment oui, elle rappelait bien, de sa roue poussiéreuse, l’autre roue, l’ineffablement fraîche, la roue du ruisseau, dans la vallée. Comme celle de la vallée, la roue du plateau s’entourait de lueurs claires, mais brassait de la fumée irritante au lieu d’eau vive… Moulin aride des gens de plateau, qui manquent de joie, mais sont durs.

*

Maintenant qu’elle s’était brisée, Galart la respectait. Il savait bien qu’il entrait dans son respect anormal une piété, un sentiment : elle devenait une relique, la vieille roue ! et pas seulement pour lui, mais pour tous ceux qui aussi avaient tant joué jadis dans ses flancs : les gens de son âge.

Et voilà qu’il arrivait jusqu’à elle ! si loin de sa route d’abord fixée ! cette diablesse de terre ne vous emmenait qu’où elle le voulait… insensiblement. Se reposer un petit quart d’heure, et redescendre. Oh ! certainement, près d’une lieue, au long de cette plaine qui montait toujours pour ne pas faire une différence de vingt mètres.

Il se retourna ; la plaine entière s’incurvait devant ses yeux, et tellement belle ! comme ratissée par ses sillons au râteau géant ! Un carré de fabuleux jardin ! Tout le travail de sa race, à lui Galart, son effort continu apparaissaient là : une lutte de sept siècles : trois châteaux usés autour de ces guérets ! Ils avaient arraché la terre à la forêt sombre, à la forêt atroce ; c’étaient eux, qui avaient desséché les marécages ; canalisé les terribles eaux ; dirigé les courants ; créé de vrais lits de rivière, auxquels trois générations travaillèrent, pour guider les ruissellements sur les vallées. Et qu’ils avaient défendu ! Ils s’étaient constitués les gendarmes de ces champs ; pour eux, ils agrandissaient toujours les « basses-cours », ces fortifications où se réfugiaient les paysans et le bétail. Quand le danger approchait, les châtelains se dressaient, derrière leurs murs, avec leurs épées. Ils soignaient, médecins, ces gens depuis toujours ; leurs femmes pansaient, recousaient, droguaient. Ils étaient justiciers avec une intégrité que, par point d’honneur, ils respectaient comme leur âme ; amuseurs, aussi, avec leurs bals des moissons, de Pâques ; les Épiphanies ; les Noëls… Et Galart, penché sur le domaine, se disait que personne n’y avait été malheureux charnellement : pour tous, pain, cidre, bois et petite viande. L’argent ? dame… ! autre chose… Mais eux-mêmes, les maîtres, ils n’en avaient guère : la terre, les bâtiments, mangeaient tout.

Œuvre bonne ! qui ne se prescrirait pas ! Tant pis !

Pour s’asseoir, il se rapprocha de la grande roue claire, l’atteignit ; mais son œil se fixa sur quelque chose d’insolite : il se recula : à la peinture rouge, en grandes capitales, soigneusement tracée, une inscription : « MORT AUX NOBLES ! » – et là dessous, un petit couperet de guillotine.

*

Avec une attention douloureuse, il étudia l’inscription : chaque lettre avait été remplie d’un pinceau décidé… sans doute, quelque peintre ambulant – les peintres sont à l’ordinaire d’idées plus avancées que les autres – un vitrier avait dû se reposer là, tenté par le paysage, la plaine aristocratique barrée de son château et de ses futaies – et y fignoler haineusement sa déclaration de guerre.

Galart regarda de nouveau sa terre, reprit encore une fois contact spirituel avec le travail séculaire, dont le résultat triomphait devant lui. Cette belle plaine protestait comme d’un mouvement d’épaule, dans sa courbe ; un grand souffle indigné, méprisant.

Il hocha la tête, remercia les vastes lignes ; puis, dents serrées, énergique et dédaigneux, il commença d’arpenter le terrain : on planterait, fin mars, ces pins qui sauraient un jour couper le vent d’est ; le vent de Paris.