Chapitre 1 — Opération Manquée
Salomé Sharden
La pluie tombait sans relâche sur les rues de Paris, transformant les pavés en pièges traîtres sous les pas précipités des forces d’Interpol. Les gyrophares des véhicules garés en bordure d’un immeuble délabré projetaient des éclats bleutés sur les façades crasseuses, accentuant l’atmosphère oppressante de ce quartier abandonné du 18ème arrondissement. Salomé Sharden, vêtue d’une combinaison tactique noire, ajusta son oreillette, ses mouvements précis reflétant des années d’entraînement.
Son regard acéré balaya la scène, scrutant chaque recoin pour repérer d'éventuelles anomalies. Les bâtiments délabrés semblaient s’écraser sous le poids des années, mais à travers leurs fenêtres brisées, Salomé ne distinguait qu’un silence lourd.
Dans l’oreillette, la voix maîtrisée de Camille, son point d’ancrage, rompit ce silence.
« Salomé, tu as une fenêtre de cinq minutes. Les caméras sont hors ligne, mais ce réseau est instable. J’ai détecté des mouvements dans le système avant de les désactiver. »
Salomé inspira profondément. « Reçu. Reste connectée, Camille. Je veux savoir immédiatement si quelque chose change. » Sa voix était tranchante, légèrement teintée de cette autorité glaciale qui la caractérisait, mais ceux qui la connaissaient savaient qu’un soupçon d’inquiétude se cachait derrière son professionnalisme.
Elle fit signe à son équipe – cinq agents triés sur le volet pour leurs compétences et leur loyauté. La pluie ruisselait sur leurs cagoules, mais ils restaient immobiles, prêts à agir. Le but de la mission semblait presque simple : capturer Gabriel Delonne, l’un des parrains les plus puissants de la mafia française. Mais Salomé savait que rien n’était jamais simple dans ce monde.
« Positionnez-vous. Thomas, couvre l’entrée principale, Hugo, sécurise les arrières. Équipe Alpha, avec moi. »
Son ton ne laissait aucune place à la contestation. L’équipe s’exécuta immédiatement, leurs silhouettes se glissant dans l’obscurité comme des ombres. Salomé inspira lentement, sentant une tension familière s’emparer de son corps. Mais cette mission était différente. Cette fois, Camille était directement impliquée, et cela rendait l’échec inacceptable.
Le compte à rebours dans son oreillette commença. À minuit pile, elle donna un bref signe, et l’équipe pénétra dans l’immeuble.
L’intérieur était aussi lugubre que l’extérieur, un mélange de murs couverts de graffitis, de moisissures et de débris éparpillés sur le sol. L’odeur d’humidité, mêlée à celle d’un vieux tabac froid, agressa immédiatement leurs narines. Chaque pas sur le sol résonnait faiblement, rendant le silence encore plus oppressant.
« Premier étage dégagé, » signala un agent.
Salomé répondit d’un hochement de tête, son regard scrutant les ombres mouvantes. Gabriel Delonne devait se trouver au troisième étage, si les renseignements étaient fiables. Mais l’absence totale de résistance éveillait ses soupçons.
Dans l’oreillette, la voix de Camille se fit entendre à nouveau, légèrement saccadée :
« Salomé, il y a un problème… Quelqu’un tente de réactiver les caméras. Je vais— »
La communication se coupa brusquement.
Salomé s’immobilisa, levant un poing pour stopper l’avancée de son équipe.
« Camille ? Camille, tu m’entends ? »
Pas de réponse. Une sueur froide glissa le long de sa nuque. Camille ne perdait jamais le contrôle.
Elle se força à avancer, mais l’angoisse commençait à grignoter le masque de calme glacial qu’elle portait. Chaque pas semblait plus lourd, chaque seconde plus crispante.
Ils atteignirent le troisième étage. Une porte entrouverte, d’où émanait une lumière vacillante, attira immédiatement l’attention de Salomé. Elle fit signe à deux agents de se positionner de chaque côté avant de pousser lentement la porte.
L’intérieur ressemblait à un tableau de chaos minutieusement orchestré. Une table renversée, des dossiers éparpillés, et au centre de la pièce, une chaise vide. Gabriel Delonne n’était pas là.
« Merde, c’est un piège, » murmura Salomé, son instinct lui hurlant de battre en retraite.
Le temps sembla ralentir. Une explosion déchira l’air, projetant Salomé contre le mur. La force de l’impact coupa sa respiration. Ses oreilles bourdonnaient, et une douleur aiguë pulsait dans ses côtes. La poussière envahissait l’espace, rendant chaque respiration laborieuse.
À travers la fumée, elle distingua ses hommes se relever, certains titubant, d’autres blessés mais en vie. Salomé serra les dents, ignorant la douleur.
« Camille ! Camille, réponds ! »
Un grésillement, puis une voix faible.
« Salomé… ils sont… ici… »
Les mots se noyèrent dans un sifflement strident. Camille était en danger. Peu importait le chaos autour d’elle, elle devait la retrouver.
« On sort d’ici, maintenant ! » ordonna-t-elle.
La descente fut un supplice. Les escaliers tremblaient encore sous l’impact de l’explosion, et l’air était chargé de poussière et de tension. Lorsqu’ils atteignirent enfin la rue, la pluie battante les accueillit comme une douche glaciale, lavant les traces de sang et de poussière de leurs visages.
Mais quelque chose n’allait pas. La camionnette où Camille aurait dû être stationnée avait disparu.
Un frisson d’effroi s’infiltra dans ses veines. « Où est la salle de contrôle mobile ? Où est ma sœur ? » hurla Salomé, sa voix brisant le silence nocturne.
Un agent, visiblement ébranlé, s’approcha. « On a perdu le signal. Personne ne sait où elle est… »
Le monde sembla vaciller autour de Salomé. Elle plongea une main tremblante dans la poche intérieure de sa combinaison, en sortant une photo protégée par un plastique usé. Deux jeunes femmes souriantes y figuraient, insouciantes, dans un monde qui semblait appartenir à une autre vie.
Elle ferma les yeux un instant, puis les rouvrit, son regard plus acéré que jamais. Ce n’était plus une simple mission d’Interpol. C’était personnel.
Sous la pluie battante, Salomé s’éloigna de la scène, son esprit déjà en train de formuler un plan. L’ombre de Gabriel Delonne planait sur cette nuit, mais ce n’était qu’une partie du puzzle. Retrouver Camille était désormais tout ce qui comptait, et ceux qui avaient osé la lui arracher allaient le payer.