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Romans de romance dans un seul endroit

Chapitre 1Prologue – Une promesse de vengeance


Gabriel Moretti

La nuit s’étendait comme un linceul sur la villa Moretti, dissimulant dans ses ombres épaisses le drame qui s’y jouait. Une tempête rugissait au loin, son grondement se mêlant aux éclats de voix qui résonnaient à l’intérieur. Gabriel, à peine âgé de vingt ans, était tapi dans l’obscurité d’un placard du grand salon, ses genoux repliés contre sa poitrine, son souffle tremblant et rapide. Ses doigts agrippaient le bois vieilli de l’intérieur du placard, les jointures blanches. Chaque battement de son cœur semblait résonner dans ses tempes, assourdissant tout espoir de lucidité.

Sous ses yeux, le monde ordonné et chaleureux de son enfance se désintégrait. La pièce qui avait autrefois été le cœur d’innombrables soirées familiales était méconnaissable, plongée dans le chaos. Les meubles en bois massif, héritage de générations passées, étaient renversés avec violence. Le tapis persan, jadis immaculé, portait les traces sombres d’une lutte désespérée, imprégné d’une odeur métallique de sang.

Son père, Vittorio Moretti, se tenait au centre de la pièce, son imposante stature affaiblie par la douleur et le sang qui coulait d’une plaie à sa tempe. Ses mains tremblaient légèrement, mais son regard restait ferme, défiant, alors qu’il toisant les hommes qui l’encerclaient. Quatre silhouettes sombres lui faisaient face, leurs armes brillant faiblement dans la lumière intermittente des éclairs qui traversaient les vastes fenêtres.

Gabriel aurait voulu fermer les yeux, détourner le regard, mais il était cloué sur place, figé par une peur viscérale. Chaque détail lui apparaissait avec une précision presque cruelle : le tic nerveux sur la mâchoire de son père, le sourire cruel de l’homme qui semblait mener les autres, la tension électrique dans l’air chargé d’humidité. À travers les battements désordonnés de son souffle, Gabriel percevait les murmures glacials des assassins, leurs voix dénuées d’émotion.

« Vittorio, » dit l’homme au sourire glacial, d’une voix douce mais tranchante comme un scalpel. « Ce n’est rien de personnel. Tu sais comment ce monde fonctionne. Une dette est une dette. »

Vittorio cracha au sol, un geste de défi empreint de mépris. « Vous ne comprenez rien. Si vous faites ça, vous réveillerez quelque chose que vous ne pourrez pas contrôler. »

L’homme rit doucement, un son froid et coupant. « Le contrôle, c’est tout ce qui compte. Et nous l’avons. Toi, en revanche, tu as perdu le tien. »

Gabriel sentit sa gorge se serrer à s’en étouffer. Une vague de désespoir l’envahit, suivie d’une pulsion irrépressible de sauter hors de sa cachette pour protéger son père. Mais il savait qu’il ne pouvait rien contre eux. Il n’était qu’un garçon, désarmé et impuissant face à ces hommes armés jusqu’aux dents.

Soudain, la porte s’ouvrit brutalement, laissant entrer Sophia Moretti, ses cheveux noirs en désordre, son visage ravagé par la panique. Sa robe de soie glissait sur le sol, presque incongrue dans cette scène de carnage. Son regard trouva immédiatement celui de Vittorio, et elle se précipita vers lui, ses bras l’entourant comme un bouclier fragile mais déterminé.

« Arrêtez ça, je vous en supplie ! » cria-t-elle, sa voix brisée mais vibrante d’une force désespérée. « Nous pouvons trouver un arrangement. Il y a toujours une solution. »

L’homme fit un geste de la main, froid et détaché, comme s’il balayait ses paroles d’un revers. « Votre mari a eu toutes les chances. Maintenant, il est trop tard. »

Gabriel vit le regard de son père se tourner vers lui, un mouvement infime mais suffisant pour trahir sa connaissance de sa présence. Vittorio savait. Il savait que son fils était là, caché. Et dans ce simple échange, Gabriel lut une prière silencieuse, un adieu teinté d’espoir et de douleur.

« Sophia... non ! » hurla Vittorio alors qu’un coup de feu retentit, brisant l’air oppressant. Le corps de Sophia s’effondra contre lui, ses bras se relâchant lentement avant de tomber sur le sol. Une marée de sang rouge s’étendit sous elle.

Le cri de Vittorio déchira la pièce, un son si primaire et dévastateur qu’il résonna dans chaque fibre de l’être de Gabriel. L’air sembla se figer alors que son père, tel un lion blessé, se jeta en avant dans un ultime élan désespéré. Deux autres coups de feu retentirent, et Vittorio tomba à genoux, une main ensanglantée tendue vers le corps de sa femme.

L’homme au sourire cruel s’approcha lentement, tenant son arme de manière presque désinvolte. « Vittorio, un dernier mot avant de suivre ton épouse ? »

Le silence fut brisé par un murmure rauque, un mot qui semblait porter le poids d’un monde entier : « Duval... »

Le nom résonna dans le vide glacial de la pièce, frappant Gabriel comme un coup direct à l’estomac. Jacques Duval. Un associé de son père, connu pour son ascension dans les cercles de pouvoir. Que signifiait ce mot au bord des lèvres mourantes de Vittorio ?

Un dernier coup de feu acheva son père. Gabriel, toujours recroquevillé dans le placard, mordit violemment sa main pour étouffer le sanglot qui menaçait de le trahir. Sa vision se brouilla de larmes, tandis que son souffle devenait saccadé.

Les hommes quittèrent la pièce, leurs pas lourds résonnant dans le silence, suivis de murmures presque inaudibles : « Duval saura qu’on a suivi ses ordres… » Le cœur de Gabriel cessa presque de battre en entendant ces mots, un indice aussi fugace qu’effrayant.

Lorsqu’il fut certain qu’ils étaient partis, Gabriel sortit de sa cachette, ses jambes flageolant sous son propre poids. L’air était lourd, saturé de l’odeur de la poudre et du sang. Il s’approcha lentement des corps de ses parents, ses mains tremblantes.

Une lumière attira son attention sur le tapis. Une photographie, partiellement maculée de sang. Il la ramassa avec des doigts hésitants, son regard fixant les visages souriants de Vittorio et Jacques Duval, une coupe de champagne à la main.

Ses doigts se refermèrent sur la photo, ses épaules secouées par des sanglots silencieux. Il resta ainsi, figé dans une douleur insupportable, la photo serrée contre sa poitrine.

Lorsque le silence devint insoutenable, il se redressa lentement. La villa, autrefois refuge de son enfance, n’était plus qu’une coquille vide, enveloppée dans une obscurité glaciale. Gabriel se détourna, franchissant le seuil de cette maison désormais morte.

Alors qu’il marchait dans la tempête, deux certitudes s’ancrèrent dans son esprit : il trouverait Jacques Duval. Et il ferait payer chaque homme responsable de cette nuit.

Une promesse de vengeance venait de naître, gravée dans le feu et le sang.