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Romans de romance dans un seul endroit

Chapitre 1Prologue : L'étincelle fatale


Narrateur omniscient

Dans l'ombre vacillante de son laboratoire, Auguste de Rochefort s'affairait une dernière fois parmi les outils, les fioles et les engrenages qui composaient son univers. La pièce, encombrée de plans griffonnés et de mécanismes incomplets, ressemblait à un chaos organisé, une symphonie interrompue. Une lumière pâle, presque éthérée, émanait d’un orbe de Lumen suspendu au plafond, projetant des ombres mouvantes sur les murs noircis.

Le cliquetis rapide des instruments résonnait dans l’air, mêlé au souffle précipité d’Auguste. Ses mains, tachées d’encre et de résidus alchimiques, tremblaient légèrement alors qu’il alignait les derniers composants d’une machine complexe sur sa table de travail. Le médaillon qu’il portait autour du cou, gravé d’un symbole alchimique ancien, vibrait faiblement à chaque fois qu’il s’approchait d’un des artefacts scintillants.

Il leva un regard hanté vers l’horloge murale. Minuit approchait. Chaque tic-tac lui rappelait que le temps lui manquait, que ses ennemis étaient déjà en mouvement. Il s’arrêta un instant, fixant ses doigts tachés et les rouages délicats devant lui.

« Élise, ma lumière dans l’obscurité… »

Ses lèvres murmurèrent les mots alors que sa plume dansait sur une feuille de papier jauni. Sa fille. Il pensa à elle, assise dans la bibliothèque du manoir, le front plissé par la concentration, dévorant des grimoires d’alchimie. Il souffla un rire nerveux. Une lumière dans l’obscurité, en effet. Ses mains, pleines d’urgence, écrivaient davantage que des mots : une promesse, un appel, une confession.

Il s’arrêta soudain, relevant la tête. Un frisson glacial parcourut son échine. L’air semblait avoir changé, chargé d’une tension invisible, comme si les ombres elles-mêmes retenaient leur souffle. Les cristaux de Lumen sur les étagères vacillèrent anormalement, une pulsation presque imperceptible trahissant la présence d’une force étrangère.

Un bruit sourd, lointain, résonna depuis l’entrée du manoir. Cela ne pouvait être qu’eux.

Il se leva précipitamment, rangeant la lettre dans une enveloppe qu’il scella avec un cachet de cire portant le blason des Rochefort. D’un geste vif, il saisit le médaillon autour de son cou. La lumière qu’il émettait s’intensifia, activant une série de mécanismes dissimulés dans les murs. Une petite cachette s’ouvrit sous la table de travail dans un murmure mécanique. Auguste y déposa l’enveloppe avec soin, la refermant rapidement. La cachette disparut, redevenant une partie du bois ordinaire.

La porte du laboratoire trembla sous un impact brutal. Les enchantements protecteurs qu’il avait placés sur celle-ci luirent brièvement, mais s’éteignirent dans un grésillement sinistre. Une fissure apparut dans le bois épais.

Auguste se tourna vers le centre de la pièce. Au milieu des fioles et des engrenages, une construction incomplète trônait sur une plateforme. Une machine improbable, fusion d’artifice technologique et de magie alchimique, dont le cœur pulsait faiblement d’une lumière bleutée. C’était là l’objet de leur convoitise, le fruit d’années de travail et de sacrifice.

La porte éclata dans un fracas sourd. Trois silhouettes vêtues de capes sombres et de masques métalliques pénétrèrent dans la pièce, leurs mouvements précis et silencieux. L’air s’emplit de l’odeur âcre des sorts qu’ils murmuraient, une brume légère s’échappant de leurs gants argentés.

« Auguste de Rochefort, » déclara l’un d’eux, sa voix résonnant dans un calme glacial. « Vous détenez quelque chose qui ne vous appartient pas. »

Un sourire amer étira les lèvres d’Auguste. « La vérité… » Sa voix résonna dans l’air chargé du laboratoire. « … n’appartient qu’à ceux qui osent la chercher. »

Il leva une main, et un cercle alchimique gravé sur le sol s’illumina instantanément, irradiant une lumière dorée. Les intrus reculèrent d’un pas, surpris, mais rapidement, le plus grand des trois s’avança avec une sphère métallique dans la main.

« Ne vous fatiguez pas, alchimiste, » dit-il d’un ton acerbe. « Nous savons comment briser vos jouets. »

Il prononça une incantation, et la sphère éclata, libérant une onde paralysante qui fit vibrer le sol, éteignant brièvement les lumières des cristaux.

Auguste chancela mais tint bon. La peur se mêlait à une colère froide. Avec un cri de défi, il canalisa l’énergie du Lumen à travers le médaillon. Des éclairs de lumière pure jaillirent dans la pièce, heurtant les murs et les étagères. Les intrus se dispersèrent, ripostant avec leurs propres sortilèges teintés d’une magie sombre. Le laboratoire tout entier se transforma en un champ de bataille éclatant, où magie et technologie s’entrechoquaient dans un chaos de lumière et de bruit.

Ils étaient trop nombreux. Trop bien préparés. L’un d’eux parvint à briser un sceau alchimique sur le mécanisme central de la machine. Une vibration anormale envahit la pièce.

« Non ! » hurla Auguste, se précipitant vers la machine pour tenter de stabiliser son cœur lumineux.

Le temps sembla ralentir. La lumière bleutée au centre de l’appareil s’intensifia, devenant aveuglante. Les intrus tentèrent de s’échapper, mais il était trop tard. Une explosion déchirante secoua le laboratoire, projetant une onde de choc dans tout le bâtiment.

Les murs s’effondrèrent, les fioles éclatèrent, et les ténèbres engloutirent tout.

***

Au petit matin, une fine pluie tombait sur Paris, mêlée à la fumée qui s’élevait des ruines du laboratoire. Les habitants du quartier observaient de loin, chuchotant des spéculations sur ce qui avait pu se passer.

Dans les décombres, une silhouette masquée apparut brièvement, ses mouvements précis fouillant parmi les gravats. Elle s’immobilisa près d’un éclat de verre brillant encore d’une lueur résiduelle de Lumen. L’intrus ramassa l’objet, le contempla un instant, puis disparut dans le brouillard.

Plus loin, dans le manoir de Rochefort, un serviteur fit irruption dans les quartiers privés d’Élise, haletant.

« Mademoiselle... votre père... il est mort. »

Dans l’obscurité de sa chambre, Élise de Rochefort se redressa lentement, le regard perdu. Une étincelle de lumière, faible mais persistante, brillait dans le médaillon posé près de son lit. Ses doigts effleurèrent l’artefact froid, et une pensée fugace traversa son esprit : dans l’obscurité, une lumière subsistait encore.