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Romans de romance dans un seul endroit

Chapitre 1CHAPITRE I


Il est un burg…

Montsalvat ! Le burg nommé de la sorte, quel est-il ? Où est-il situé ? Est-ce l’austère monastère de Montserrat, juché sur l’un des à-pic les plus vertigineux de la Sierra de Barcelone ? Est-ce, au cœur des Pyrénées ariégeoises, la forteresse de Montségur, rendue célèbre par le siège qu’y soutinrent, vers le milieu du XIIIe siècle, ces fameux Cathares qui ne furent autres que les hérétiques albigeois ? Est-ce enfin ce haut réduit de Montsalvy, que l’on peut trouver sur la carte des noirs précipices d’Auvergne ? Les pages qui vont suivre sont consacrées à ce problème singulier entre tous. Parvenir à le résoudre serait trop beau. L’ambition d’avoir essayé porte en elle-même sa récompense.

« Je crois que vous vous méprenez…

— Me méprendre ? fit-elle. On dirait qu’il ne vous a pas échappé un seul geste de réprobation, quand vous m’avez vue allumer ma cigarette ! »

Je souris, haussai les épaules.

« Admettons, dis-je, conciliant. Admettez aussi que, ce geste, vous l’avez justifié. En vous installant dans le compartiment que voici, vous n’étiez pas sans avoir constaté qu’il était pourvu de la mention : non fumeurs.

— Je l’avais constaté, en effet. J’ai aussi la tristesse de constater qu’il est des gens bien pointilleux, d’un pointillisme assez ridicule, par rapport aux événements que nous vivons. »

En même temps, abaissant la glace, elle avait, d’un geste rageur, lancé au-dehors sa cigarette.

« Et maintenant, c’est moi, sans doute, qui vais avoir à vous adresser des excuses ! dis-je avec la plus parfaite bonhomie. Considérez que, personnellement, je ne vois aucun inconvénient à ce que vous fumiez.

— Et alors, pourquoi cette attitude, cette remarque ? rétorqua-t-elle, loin de désarmer.

— Mon Dieu, qu’il est difficile de se faire comprendre ! Écoutez-moi ! Écoutez-moi bien ! Et, surtout, ne continuez pas à me considérer comme un ennemi. La remarque dont vous parlez, il vaut mieux que l’initiative en ait été prise par moi que par les gens d’à côté, avouez-le ! »

Les gens d’à côté ? Il s’agissait du compartiment voisin du nôtre, sur la vitre duquel se lisait l’inscription rituelle : réservé aux officiers de la Wehrmacht.

« J’ai compris, dit-elle, toujours sur le même ton boudeur. Cela signifie sans doute que je vais avoir à vous remercier ?

— À Dieu ne plaise, au contraire ! répliquai-je. Ne venez-vous pas en effet de m’accorder une autorisation que je n’aurais peut-être pas osé solliciter ? »

En même temps, tirant de ma poche mon étui à cigarettes, je lui en offris une qu’elle accepta, riant de bon cœur cette fois. J’en allumai une autre à la flamme de son briquet.

« Excusez-moi, monsieur ! Je suis une fille stupide », conclut-elle.

Là-dessus, estimant que nous n’avions plus, pour l’instant du moins, rien à nous dire, nous reprîmes, elle et moi, la lecture du livre qui nous occupait, quand avait éclaté cette inoffensive algarade.

Il pouvait être quatre heures de l’après-midi. La jeune et élégante voyageuse était montée à Narbonne. Quand le contrôleur était passé, elle s’était enquise de l’heure de l’arrivée du train à Montpellier, où je me rendais également. La distance entre ces deux villes est d’un peu moins de cent kilomètres. Il nous restait environ une heure de trajet, peut-être un peu plus.

Ce fut alors que le hasard joua son rôle inattendu. Nous éclatâmes de rire à nouveau, échangeant, du même geste spontané, le livre que nous étions en train de lire.

Il s’agissait du même ouvrage ! Pour l’avoir ainsi constaté, simultanément, il avait donc fallu que nous nous fussions préoccupés l’un de l’autre plus que nous n’aurions voulu le laisser paraître. Ce double aveu ne devait pas être lui non plus étranger à notre soudaine gaieté.

Le volume en question n’était point en effet de ceux qu’on a coutume de rencontrer communément, dans les bibliothèques des gares. Il s’agissait de l’ouvrage allemand d’Otto Rahn, publié dix années auparavant – nous étions en 1943 – à Fribourg-en-Brisgau, Kreuzag Gegen Gral, et dont la traduction française avait paru l’année suivante, avec pour titre la Croisade contre le Graal, et pour sous-titre Grandeur et Chute des Albigeois.

« Vous vous intéressez à la Croisade des Albigeois, mademoiselle ? demandai-je.

— Pourquoi pas ? fit-elle, avec un sourire dont je ne devais que plus tard saisir l’ironie. Je crois y avoir quelque droit. »

Elle ajouta :

« Mais… Vous-même ? »

Ce fut, me semble-t-il, l’un des rares instants de mon existence où j’ai cédé à la plus puérile des glorioles. En serai-je quelque jour absous ? Je l’ignore. J’étais bien jeune, il est vrai. À peine trente ans. Et c’était mon premier poste dans l’Enseignement supérieur !

« Je pense y avoir quelque droit, moi aussi ! » déclarai-je.

Et j’achevais, avec un sourire dont ce qu’il peut me rester de vie risque de ne pas suffire à dissiper le ridicule :

« Dois-je vous confier que je suis chargé de cours d’histoire et d’institutions médiévales à la Faculté des lettres de l’Université de Montpellier. »

Sa riposte ne se fit pas attendre.

« Ah ! dit-elle, monsieur Sevestre, monsieur François Sevestre ! Et vous vous figuriez peut-être que je l’ignorais, que je ne vous avais pas tout de suite reconnu ? »

La curieuse, l’étrange fille ! Le plus surprenant, c’était que, moi aussi, au même instant, je venais de m’apercevoir que je la connaissais, tout au moins que je l’avais déjà entrevue. Mais où ? Mais quand ?

Plus tard, quand je n’ai plus rien ignoré de son histoire, dont je possédais déjà, à mon insu, bien des éléments, j’ai retrouvé tout de suite dans ses sombres yeux, sans avoir davantage à les y rechercher, les reflets soufre des bûchers de l’inquisition.

Pour le moment, j’étais bien incapable de me remémorer quoi que ce fût. Elle se garda de venir à mon secours.

« Cette querelle de cigarettes définitivement réglée, je suis heureuse de notre rencontre, monsieur le professeur ! reprit-elle. Vous allez certainement pouvoir me dire si je ne perds pas mon temps avec ce livre d’Otto Rahn.

— Je crains bien, malheureusement, que nous ne le perdions vous et moi, mademoiselle ! fis-je.

— Ah ! vous estimez que ce n’est pas là un ouvrage sérieux ?

— Non, sur la majorité des points.

— Et pour quelles raisons ?

— Mais, pour tout ce qui concerne le Graal, c’est-à-dire l’essentiel du sujet dont il traite. Vous savez ce que c’est que le Graal, le Graal de Parsifal et de Lohengrin ?

— Oui ! Je crois en avoir quelque idée.

— Eh bien, en admettant que, coupe sacrée ou pierre précieuse, le Graal ait véritablement existé, sa présence, ainsi que l’affirme Otto Rahn, dans le trésor des Cathares, les hérétiques albigeois du XIIIe siècle, me paraît relever de la fantaisie pure. Rien ne vient confirmer, par ailleurs, l’identité de la forteresse cathare de Montségur avec le Montsalvat wagnérien ? N’est-ce pas votre avis ? »

Elle eut ce rire presque douloureux que je lui ai si souvent entendu depuis.

« Oh ! moi, fit-elle, que suis-je donc pour intervenir dans pareil débat ? Mais pardon, voici Montpellier ! »

Le surlendemain, à trois heures, mon cours public m’appelait à la Faculté des lettres. J’y devais justement traiter ce jour-là du guet-apens d’Avignonet, qui allait servir de prétexte à l’Inquisition pour ordonner, en 1242, dans les Pyrénées ariégeoises, le siège et la ruine de cet orgueilleux château fort de Montségur où s’était enfermé, avec son trésor et ses livres saints, tout l’état-major hérétique. Au milieu de mes auditeurs, le premier visage qu’il me fut donné de reconnaître fut celui de ma compagne de voyage de l’avant-veille. Le brouhaha de l’arrivée, dans la gare de Montpellier, nous avait séparés, ne me permettant pas de lui demander son nom.

C’est égal ! Où avais-je eu la tête de ne pas me souvenir d’elle, de ne pas me rappeler qu’à plusieurs reprises je l’avais rencontrée, à la Faculté, de ne pas avoir conservé d’elle une image plus précise, pour tout dire de n’avoir pas été frappé aussitôt par sa singulière beauté ?

Sa beauté ? Je me rendais compte que, sous ce rapport, le temps perdu n’allait plus tarder à être regagné, maintenant.

« Cette dame ? Cette demoiselle, monsieur le professeur ? Bien entendu, je la connais.

— Alors, dites-moi… »

C’était mon infortuné appariteur que j’étais en train de torturer de la sorte. Durant les cours, son rôle consistait surtout à sommeiller au bas de la chaire. Il n’avait jamais été très rapide d’esprit. Et l’âge – sa mise à la retraite étant toute proche – n’avait évidemment rien arrangé.

M’apprêtant à quitter l’amphithéâtre, j’avais été happé par un groupe redoutable d’admiratrices, obstacle que l’on hésite toujours à bousculer. De même que dans la gare de Montpellier, ma mystérieuse voyageuse de l’avant-veille en avait profité pour disparaître.

« Dites-moi vite ! répétai-je.

— Son nom, peut-être ? Ah, ça, c’est autre chose, monsieur le professeur. Je n’ai jamais eu beaucoup de mémoire, vous savez ! Il y a pourtant pas mal de temps déjà que je la remarque à nos cours, cette petite personne. C’est bien, n’est-ce pas, de cette demoiselle brune que vous voulez parler, sans chapeau, en manteau de fourrure claire ? Et pas vilaine avec cela, ma foi !

— Oui, c’est elle !

— Eh bien, accompagnez-moi donc au Secrétariat, monsieur Sevestre. Là, ils ont tout ce qu’il faut pour nous procurer satisfaction. Je suis sûr qu’à nous deux nous finirons bien par réussir à leur faire comprendre de quoi il s’agit. »

Il avait raison, le cher homme ! Au Secrétariat de la Faculté, j’obtins, sans nul besoin d’insister autrement, grâce à la communication des registres, tous les renseignements que je pouvais désirer.

La jeune fille montée dans mon compartiment à Narbonne était inscrite à l’Université depuis quatre ans, c’est-à-dire depuis 1939.

Elle avait passé sa licence d’histoire en 1941.

Elle était diplômée d’études supérieures et avait abandonné la préparation de l’agrégation pour se consacrer à une thèse de doctorat.

Elle s’appelait de Pérella (Alcyone-Marquésia-Géralde).

Elle était domiciliée à Montpellier, 3, rue Urbain-V.

Et, âgée par conséquent à ce jour de vingt-quatre ans, elle était née le 17 octobre 1919, à Montsalvy (Cantal).


*

La beauté de Mlle de Pérella ! Cette beauté que je n’ai pas craint de déclarer singulière. Peut-être le moment est-il venu d’expliquer ce qualificatif, d’en fournir la justification. Et puis, non ! Pas encore ! Chaque minute de ce qui va venir ne sera-t-elle pas là pour établir que jamais, jamais je ne regretterai rien, que s’il y a eu folie de ma part, il n’y a jamais eu de folie qui ait été moins empreinte de déraison.

En attendant, ce qui dominait en moi, c’était l’espèce de stupéfaction, et d’abasourdissement où venait de me plonger l’extraordinaire révélation du registre de la Faculté des lettres. Pérella, n’était-ce point, au XIIIe siècle, le patronyme des seigneurs suzerains de Montségur ? Et Montsalvy, lieu de naissance d’Alcyone-Marquésia-Géralde de Pérella, comment ne pas être pris de frisson devant cette quasi-identité avec le Montsalvat du Graal ? Comment ne m’étais-je pas avisé plus tôt de l’existence de ce petit oppidum d’Auvergne ? Il me semblait que mon esprit vagabondait en pleine féerie. De quelle honte risible ne devais-je pas me sentir saisi maintenant par la docte façon dont j’avais entretenu mon interlocutrice de l’avant-veille ? Et de quoi, je vous prie ? Mais de Parsifal et de Lohengrin ! Du peu de chance qu’il y avait, dans mon ignorance de Montsalvy, de voir un jour Montségur assimilé à Montsalvat !

Elle avait dû bien se divertir ! Quelles excuses n’allais-je pas avoir à lui adresser quand je reparaîtrais devant elle, instant qui, du moins, je me le jurais, ne tarderait point.

En proie désormais à ces pensées, je ne pus, en quittant l’Université, m’empêcher de faire un détour. Je remontai la rue Urbain-V, une petite rue obscure, étroite. Le numéro 3 était une haute et revêche maison, avec une cour intérieure, aux allures de pension de famille. Vers cinq heures, je fus chez moi. Laurence n’était pas encore rentrée. Elle avait conduit notre fillette jusqu’à la promenade du Peyrou. Nous étions déjà à la mi-novembre. De la lumière finissante des dernières belles journées d’automne, il convenait de faire profiter l’enfant.

Montpellier était mon premier poste dans l’enseignement supérieur. J’y avais été nommé au mois d’avril. Nous nous y étions installés dans un appartement fort agréable, situé justement aux environs immédiats du Peyrou, quartier qui n’a que l’inconvénient d’être exposé l’hiver à la terrible bise qui souffle des cols des Cévennes. Ma femme avait aménagé notre intérieur avec ce goût qu’elle a toujours eu. Ce serait perdre mon temps que d’essayer de faire son éloge, n’est-ce pas ? Un peu plus âgée que moi, mais paraissant beaucoup plus jeune, elle venait d’avoir trente-trois ans. Catherine, notre fille, en avait six. Elle était née à Pau, ville au lycée de laquelle j’avais débuté comme professeur d’histoire. Laurence y était née, elle aussi. Fille d’industriels aisés, elle pouvait compter sur une certaine fortune. De mon côté, j’adorais une profession où un assez bel avenir m’était prédit. Existait-il bonheur plus assuré que celui qui, dès à présent, s’offrait à nous ?

« Es-tu contente de votre promenade ? Catherine, au moins, n’a-t-elle pas pris froid ? demandai-je, quand elles furent de retour, comme le soleil commençait à baisser.

— Tu penses bien que je serais rentrée plus tôt, s’il n’avait pas fait si doux ! dit Laurence. Mais pourquoi ris-tu ?

— Je ris parce que tu vas rire également. Est-ce que tu te souviens de cette jeune fille dont je t’ai parlé avant-hier soir, celle que j’ai rencontrée dans le train et avec qui j’ai voyagé depuis Narbonne, alors que je revenais de Toulouse ?

— Naturellement ! Et alors ?

— Et alors, imagine-toi que j’ai l’intention, si tu n’y vois pas d’inconvénient, de l’inviter ici à déjeuner.

— À déjeuner ? En voilà une nouvelle ! Explique-moi ! Tu sais donc qui elle est ? Tu as réussi à te procurer son adresse ? »

Elle m’écoutait avec son habituel sourire que j’aimais tant, calme et un peu grave, un sourire où il n’y avait pas le moins du monde d’étonnement. Elle connaissait bien son mari. Elle le savait incapable d’un acte qui ne fût point réfléchi et raisonnable.

« Son nom et son adresse ? Oui, je les ai eus. Et voici comment. »

Quand je lui eus raconté, par le détail, mon enquête de l’après-midi au Secrétariat de la Faculté, ce fut moi qui eus la surprise de l’entendre me dire :

« Pérella ? Détrompe-moi, si je dis des sottises ! Mais n’y a-t-il pas eu, du temps de saint Louis, une famille nommée ainsi, une famille tragiquement mêlée à l’histoire des persécutions contre les Albigeois ?

— Bravo ! fis-je. Voilà un rapprochement, vois-tu, qui aurait échappé, j’en suis sûr, aux trois quarts de mes étudiants. »

J’en étais averti, cependant. N’en ayant jamais l’air, sans la moindre ombre de pédanterie, sans que je m’en rendisse moi-même compte, Laurence ne laissait guère passer une occasion de se tenir au courant de tout ce qui pouvait toucher à mes travaux.

« Bravo ! répétai-je, l’ayant embrassée. Oui, ma chérie, le comte Ramon de Pérella, aïeul probable de la jeune personne qui nous intéresse, a été, effectivement, seigneur et défenseur du fameux château cathare de Montségur. Sa belle-mère, Marquésia, son épouse, Corba, sa fille, Esclarmonde, furent toutes les trois brûlées vives par ordre de l’Inquisition, le 16 mars 1244, au lendemain de la capitulation de la forteresse. Or, Marquésia figure parmi les trois prénoms de l’actuelle Mlle de Pérella. Géralde, s’appelle-t-elle également, il n’est pas non plus très difficile de deviner pourquoi. Ainsi était prénommée une Cathare illustre, parente sans doute des Pérella, la comtesse de Lavaur, que les soldats de Simon de Montfort précipitèrent dans un puits qu’ils comblèrent de pierres, jusqu’à ce que cessât de se faire entendre le cantique que l’infortunée s’était mise à chanter. Reste le troisième prénom, Alcyone ? Ici, j’avoue être quelque peu en défaut.

— Mlle de Pérella t’en expliquera elle-même l’origine, dit Laurence. Naturellement, il faut l’inviter. Tout cela peut être passionnant pour toi. Veux-tu que ce soit moi qui m’en charge ?

— Il me semble que ce serait plus correct.

— À merveille ! Je lui écris donc. »

Et, riant à son tour, elle ajouta :

« À la condition que tu ne lui interdises pas de fumer, cette fois. »

Ayant réfléchi, elle dit encore :

« C’est égal ! Il y a tout de même là une singulière coïncidence. N’est-ce point justement l’affaire d’Avignonet, cause du siège et de la ruine de Montségur, que tu t’en revenais d’étudier à la bibliothèque de Toulouse, lorsque cette peu banale jeune fille, document vivant, est montée dans ton compartiment à Narbonne ?

— Oui ! L’affaire d’Avignonet, ainsi d’ailleurs que quelques autres points touchant à la doctrine cathare. »

Et, par déformation professionnelle, je précisai :

« Manuscrit 609. »

Au petit mot de ma femme, il fut aussitôt répondu par un billet signé A. de Pérella, qui remerciait… et acceptait.

Nous avions convié la belle descendante des hérétiques albigeois pour le lundi suivant. À l’heure indiquée, elle fut là.

« Écoute, venais-je de dire à Laurence, nous allons lui ménager une surprise qui, fie-t-en à moi, va contribuer à créer sur-le-champ l’ambiance souhaitée. Veux-tu aller me chercher notre phonographe ? »

Et, sans tarder davantage, j’avais choisi dans notre provision de disques celui du Récit du Graal, chanté par Georges Thill, acte III de Lohengrin.

Elle entra, plus belle encore sans doute que ma femme ne s’y attendait, les bras surchargés de roses magnifiques. Et, presque simultanément, les premières mesures de la sublime musique se mirent à retentir :

Aux bords lointains dont nul mortel n’approche

Il est un burg