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Romans de romance dans un seul endroit

Chapitre 2La vérité voilée


Alternance entre Lilian et Roman

Le bruit sec de la serrure de l’appartement de Lilian rompit le silence du couloir. Une fois à l’intérieur, elle referma la porte d’un geste brusque, tournant rapidement le verrou avant de poser son dos contre le bois froid. Elle ferma les yeux, cherchant refuge dans l’obscurité apaisante de ses paupières. Mais tout était là, gravé dans son esprit : les yeux pénétrants de Roman Walter, l’ombre d’un sourire sur ses lèvres, et cette phrase énigmatique — « Ce n’est que le début. »

Elle ouvrit les yeux, et une pointe d’angoisse s’insinua dans sa poitrine alors que son regard balayait l’appartement. L’espace ordonné et familier lui semblait soudainement étranger, comme s’il avait été envahi par une présence invisible. Le bruit lointain d’une horloge résonnait doucement, insistant, amplifiant le silence pesant. Elle posa son sac sur la table du salon et se dirigea vers la petite cuisine. Remplissant une bouilloire qu’elle mit sur le feu, elle attendit le sifflement imminent, espérant qu’il parviendrait à briser l’oppression qui l’étouffait.

Assise à sa table avec une tasse de thé chaud entre les mains, le regard de Lilian glissa vers un tiroir verrouillé de son bureau, de l’autre côté de la pièce. Elle savait ce qu’il contenait. Elle savait aussi que l’ouvrir équivaudrait à faire sauter une digue, laissant un flot de souvenirs submerger sa conscience.

« Ce n’est pas nécessaire… », fut sa première pensée, une tentative de rationalisation. Mais la voix de Roman, ce regard intense, poursuivaient leur assaut silencieux. « Tu dois savoir. »

Elle se leva finalement, ses pas traînant légèrement sur le parquet craquant. Ses mains tremblaient presque imperceptiblement alors qu’elle sortait une petite clé de son porte-clés. Le contact froid du métal contre sa paume accentua sa nervosité. Elle hésita un instant, la clé suspendue dans l’air, avant de finalement l’insérer dans la serrure.

À l’intérieur, des journaux intimes soigneusement empilés, des lettres jamais envoyées, et, tout au fond, un dossier jauni. Elle saisit le dossier, comme si ses doigts seuls en connaissaient le poids, et le posa sur la table.

Lilian tourna les pages avec prudence, ses yeux glissant sur les gros titres : « Enlèvement d’une enfant à Paris : Lilian Duval retrouvée vivante après six jours. » — « La mystérieuse intervention d’un sauveur inconnu. » Une phrase, en particulier, attira son attention : « Un témoin aurait aperçu un jeune homme s’enfuyant juste avant l’arrivée de la police. »

Elle se souvenait de fragments : une main ferme qui l’attrapait, l’obscurité du coffre d’une voiture, des lumières aveuglantes lorsqu’elle avait été découverte par des policiers. Mais entre ces souvenirs, il y avait un vide, un gouffre qu’elle n’avait jamais pu combler. Et maintenant, cette phrase — ce témoin — semblait pointer directement vers Roman Walter.

Avec un soupir, elle referma le dossier et le rangea. Elle savait qu’elle devait en savoir plus sur Roman, mais le poids de cette vérité potentielle l’écrasait déjà.

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Roman Walter marchait sans véritable direction, ses bottes usées frappant les pavés mouillés des ruelles de Paris. La pluie fine baignait ses cheveux en désordre et son visage marqué, mais il n’y prêtait pas attention. Ses pensées tournaient autour de la rencontre dans cette salle d’interrogatoire.

Lilian.

Il s’arrêta sous le porche d’un immeuble abandonné, alluma une cigarette et inspira profondément, laissant la fumée envahir ses poumons. Le regard perdu dans la nuit, il repensait à cette fillette de neuf ans qu’il avait arrachée à l’enfer.

Son souvenir s’était brouillé avec le temps, mais certains détails restaient limpides : sa main qui agrippait la sienne avec une force désespérée, son regard qui semblait lui implorer de ne pas la laisser tomber. Il secoua la tête, agacé par cette résurgence d’émotions qu’il croyait maîtrisées.

Un éclair de lumière dans une flaque d’eau près de ses pieds attira son attention. Roman vit un reflet : une affiche sur un mur décrivant une exposition sur le passé militaire de la ville. La coïncidence était presque cruelle, rappelant ses propres cicatrices invisibles.

Alors que la cigarette s’éteignait entre ses doigts, une vibration dans sa poche le fit sursauter. Il sortit un téléphone basique, un modèle ancien et volontairement anonyme. Un message de Luc s’afficha sur l’écran.

« Tu ne peux pas fuir éternellement. Reviens avant qu’il ne soit trop tard. »

Les mots semblaient froids mais portaient une menace implicite, une promesse d’escalade. Roman serra le téléphone dans sa main, ses mâchoires se contractant. Une image traversa son esprit : Lilian, cette fois adulte, prise au piège dans le jeu de Luc.

Il écrasa la cigarette sous sa botte et releva son col pour se protéger de la pluie. La silhouette d’un passant pressé traversa la rue devant lui, l’ignorant complètement. Il se sentit, pour la première fois depuis longtemps, véritablement seul.

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De retour dans son appartement, Lilian ne trouvait pas le sommeil. Les images des articles et le visage de Roman tournaient dans sa tête, comme un puzzle dont les pièces refusaient de s’ajuster.

Elle alluma son ordinateur portable et, après un moment d’hésitation, elle tapa « Roman Walter » dans le moteur de recherche. Peu de résultats apparurent : des mentions de son ancien régiment militaire dans des articles obscurs, des rumeurs sur des opérations secrètes menées à l’étranger. Rien de concret, mais assez pour alimenter sa curiosité.

Elle sentit une vérité plus vaste se profiler, une vérité qu’elle n’était peut-être pas prête à affronter. Elle se frotta les tempes et allait éteindre l’écran lorsque quelque chose — un bruit sec à sa fenêtre — la fit sursauter.

Elle se leva brusquement, son cœur battant la chamade. En écartant légèrement le rideau, elle vit une silhouette disparaître au coin de la rue.

Une peur sourde s’installa en elle. Était-ce une coïncidence ? Ou une menace ?

En reculant de la fenêtre, elle saisit son téléphone. Elle hésita quelques instants avant de composer le numéro de l’inspecteur Lemoine. Mais avant qu’elle ne puisse appuyer sur « appeler », elle reçut un message anonyme.

« Vous fouillez où vous ne devriez pas. »

Le message était froid, impersonnel, mais il contenait une menace implicite. Elle s’assit lentement, le téléphone toujours dans sa main. Le poids des regards invisibles la pénétra, chaque ombre de son appartement semblant contenir un observateur.

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Roman, lui, continua de marcher, son esprit en conflit. Il savait qu’il devait prendre une décision.

Ses pas le menèrent à une petite ruelle déserte, où il s’arrêta sous un éclairage vacillant. À cet instant, il comprit une chose : fuir n’était plus une option. Luc ne s’arrêterait pas. Lilian serait sa prochaine cible s’il ne faisait rien.

Il leva les yeux vers le ciel gris de Paris, une pluie battante tombant sur son visage fatigué. Dans cette ville, tout semblait peser plus lourd : les secrets, les silences, et les ombres qui s’étendaient à perte de vue.

Roman n’avait jamais été un homme de mots. Mais il était un homme d’action. Et il était temps d’agir.