Chapitre 3 — CHAPITRE III
Une colombe…
Esclarmonde de Pérella, Marquésia de Lantar, Bruna de La Roque d’Olmes, Géralde de Lavaur, Ermengarde d’Ussat, Fays de Massabrac, Braïda de Mirepoix, et combien d’autres ! Et combien d’autres ! Du haut du mystérieux paradis où vous assistez à nos pitoyables débats, dites, que pensez-vous de la descendante encore plus mystérieuse qui vous est née ? Vous, les emmurées, les brûlées vives, les lapidées, la jugez-vous, elle aussi, à son insu, prisonnière de votre tragique fanatisme ? Participe-t-elle également de la sombre flamme qui vous a possédées ? Eût-elle accepté comme vous de voir la main du bourreau s’appesantir sur ce cher corps qui tant est tendre, poli, souef, gracieux ?
Durant près de quinze jours, je ne devais plus la revoir à mon cours. Le lendemain de notre déjeuner à la maison, un commissionnaire s’en était venu déposer chez nous une splendide poupée, à l’adresse de ma fille, avec une carte où étaient inscrites les deux lignes que voici : « Pour Catherine Sevestre, avec les meilleures pensées de la colombe de Montsalvy. »
Montsalvy ? Écoutant mon conseil, elle avait dû s’y rendre. On voit que je n’avais pas mis longtemps pour justifier sa disparition de la manière qui sauvegardait le mieux possible mon amour-propre.
Enfin, elle daigna un matin faire sa rentrée dans la cour de l’Université. Je commençai, assez sottement, par feindre de ne pas l’avoir aperçue. Mais, avec la plus complète désinvolture, ce fut elle qui vint vers moi. Pourquoi se serait-elle gênée ? Elle devait déjà se douter que je n’aurais pas résisté longtemps à cette épreuve de force.
« Il y a deux semaines, dit-elle, très exactement le soir de cet adorable déjeuner chez vous, que, regagnant ma petite retraite de la rue Urbain-V, j’ai bien regretté, imaginez-vous, de n’avoir pas fait halte au second étage de mon escalier.
— Ah !… Ce qui signifie ?
— Mon Dieu, ce ne sera pas sorcier de vous répondre. D’abord, que l’excellente créature préposée à la lampisterie de l’immeuble m’a informée qu’un monsieur était venu me demander, un monsieur, si simplette soit-elle, dont elle a réussi à me fournir le signalement, un signalement qui correspondait à peu près au vôtre. Ensuite que je vous conjure de ne plus détériorer désormais mes boiseries, en y inscrivant votre monogramme. Vous n’êtes pas spécialisé en épigraphie, que je sache. Bon ! À mon tour, à présent, de vous poser une question. Après m’avoir invitée chez vous, attention dont je ne vous serai jamais assez reconnaissante, pourquoi avez-vous ce jour-là éprouvé le besoin, dans les deux heures qui ont suivi mon départ, de me parler sans témoin, de ne pas mêler votre femme, exquise pourtant comme elle l’est, à notre entretien ? »
Je ne crus pas opportun de répondre.
« Bien ! Peut-être, si j’ai compris, verriez-vous avantage à ce que nous déjeunions tous les deux chez moi, un des jours qui vont suivre ? Lequel ?
— Mercredi prochain, voulez-vous ?
— À merveille ! Vous connaissez déjà l’escalier. Soyez en repos : je n’ai aucunement l’intention de porter le trouble dans les ménages. Et pour ce qui est de l’aventure que voici, je n’ai d’ailleurs pas l’impression que c’est moi qui ai pris les devants.
Le mercredi suivant ? Elle ne m’avait pas demandé pourquoi, spontanément, instantanément, j’avais choisi ce jour-là, question qui n’eût pas été sans m’embarrasser. Il n’était point en effet dans mon intention de lui confier que, le mercredi, je ne déjeunais jamais chez moi. Une conférence de travaux pratiques avec mes étudiants de licence et de diplôme d’études supérieures se prolongeait à la Faculté jusqu’à midi, souvent plus tard. Ensuite, à trois heures, j’avais mon cours public. Ces deux heures et demie, au lieu de m’alourdir par un déjeuner à la maison, je préférais les passer à la bibliothèque, me sustentant d’un simple sandwich, nourriture privilégiée des intellectuels dignes de ce titre.
« Donc, à cinq heures, comme d’habitude, ma chérie ! » avais-je dit ce matin-là à ma femme, en l’embrassant sur le front, comme d’habitude également.
Quand on s’engage sur la voie feutrée du mensonge, il faut désormais s’attendre à tout. Qu’importe ! Qu’importe ! On a pesé le pour et le contre. À partir de ce moment-là, on n’a plus à se préoccuper de rien. Et puis, on ne vit qu’une fois, n’est-il pas vrai ?
Mais continuons !
« On ne peut pas dire que vous soyez particulièrement en avance ! Une heure moins dix ! »
Je m’inclinai et lui baisai la main, un peu trop cérémonieusement.
Elle rit.
« Dites-moi ! Les programmes ne vous ont-ils pas appris qu’on n’embrassait pas la main d’une jeune fille ?
— Cette jeune fille, expliquai-je, voudra bien excuser, sinon moi, du moins trois de mes étudiants qui ont cru se ménager mes bonnes grâces en venant solliciter des directives, la conférence une fois achevée. Il y en a un qui prépare un mémoire sur Pierre-Roger de Mirepoix.
— J’aurais mauvaise grâce à lui en vouloir, dit Alcyone. Si je ne l’ai pas déjà rencontré à la Faculté, il faudra me faire connaître ce garçon. C’est gentil à lui de s’occuper de mon grand-oncle, le dernier défenseur de Montségur. En temps normal, je lui aurais ouvert avec joie nos archives familiales. Pour l’instant, il lui faudra attendre que le libre usage de Montsalvy nous ait été restitué par les occupants actuels du château.
— Quoi ? Les Allemands sont à Montsalvy ?
— Comme vous le dites ! Il y a trois semaines, je me demandais encore ce qui pouvait les attirer dans ce coin d’Auvergne. Aujourd’hui, je ne me pose plus la question. Je vais même, je crois, vous surprendre en vous révélant que, parmi ces hôtes imprévisibles de notre vieille demeure, il en est deux au moins qui s’intéressent devinez à quoi ? Au Graal, bien entendu ! Moins que vous, sans doute ! Mais sans doute aussi infiniment plus que moi. En attendant, laissez-moi vous remercier…
— Et de quoi, je vous prie ?
— De m’avoir rappelée à mon devoir. La colombe est tenue de retourner chaque année là-bas. Si elle revient d’accomplir ce pèlerinage, ç’aura été toutefois moins pour redonner rituellement au Graal sa splendeur que parce que j’ai estimé tout de même correct d’aller prendre des nouvelles de ma mère, de me rendre compte de la façon dont elle réussissait à se débrouiller avec ses serviteurs du moment.
— Vous avez toujours madame votre mère ?
— Pourquoi voudriez-vous que je ne l’aie plus. Elle avait à peine quarante-cinq ans en 1928, quand est mort mon père, vous vous rappelez, l’amoureux des alcyons du Bosphore. Aujourd’hui, elle va tout juste atteindre la soixantaine, et j’imagine qu’il est dans ses intentions de me faire attendre le plus longtemps possible les diverses parties de mon héritage, le Graal, notamment, ce fameux Graal, dont elle ne soupçonne pas l’existence à Montsalvy, ce qui est infiniment préférable, sachez-le. Bien loin d’être en effet une mauvaise femme, elle n’en est pas moins affligée de certain petit défaut dont j’aurais à vous entretenir, si vous parvenez à me convaincre que tous ces détails ne vous ennuient pas trop. Mais je cause, je cause à la va comme je te pousse ! Ce n’est pas la peine vraiment de vous avoir entendu, à plusieurs reprises, prôner la nécessité d’un plan. Voulez-vous que nous nous mettions à table ? Souffrez que, pour cette première fois, ce soit moi qui vous serve. J’ai mieux aimé, en la circonstance, n’avoir pas recours aux bons offices de la digne femme qui, d’ordinaire, me prête son aide. Notre conversation n’en aura que plus de liberté. À quelle heure est votre cours public ?
— À trois heures, hélas !
— Mon Dieu, presque une heure, déjà ! »
L’hiver ! L’hiver ! Il s’affirmait depuis une semaine. Et, cependant, jamais je n’avais eu, comme ce jour-là, l’impression de me trouver au printemps. L’arrière-saison, à Montpellier, a souvent de ces surprises délicieuses. Cette cour, sur laquelle s’ouvrait l’appartement de Mlle de Pérella, elle n’avait rien de rébarbatif. Elle était surtout un jardin. Elle s’enorgueillissait de quelques arbres qui montaient à l’assaut des étages. Il y en avait un, en particulier, un magnolia sombre et touffu dont les énormes roses d’ivoire jauni se balançant à portée de nos mains, au niveau de la fenêtre demeurée ouverte, avaient l’air d’autant d’encensoirs flottants. Et, bien que ce ne fût point non plus l’époque, un couple de ramiers était là, invisibles parmi le feuillage, avec leur ineffable roucoulement.
De vieux cristaux, de la vieille argenterie où miroitait le soleil pâle, voilà de quoi notre table était parée. Rien de plus lumineux, ni de plus simple, tout ensemble. Et la main d’Alcyone étendue comme un lis sur cette nappe damassée !…
Je n’ignorais point que ces instants m’étaient mesurés, que je ne les retrouverais plus jamais peut-être. Et, pourtant, je ne pouvais pas me décider à parler. Elle, elle se bornait à me regarder avec une douceur railleuse et tendre, veillant à emplir mon verre d’une sorte de vin à la mousse rosée, quelque cru récolté au flanc des sombres châteaux hérétiques, Aguilar, Peyrepertuse, Puylaurens, Quéribus.
Elle était vêtue d’une sorte de lévite de bourre de soie, noire, ceinturée d’une cordelière d’argent. Au milieu de ses obscurs cheveux transparaissaient de temps à autre les minces lobes de ses oreilles, petits fruits nacrés auxquels on avait envie de coller les lèvres, inlassablement.
« Devinez, commença-t-elle, cessant tout à coup de me sourire, oui, devinez… Mais excusez-moi ! Vous alliez me parler, me semble-t-il ? Me suis-je trompée ? Ne laissons point passer si belle occasion !
— Il est vrai ! avouai-je, d’une voix un peu oppressée. Il est vrai aussi que, la question que je désirerais vous poser, je ne sais si vous ne la jugerez point indiscrète. »
Elle mit sa main sur la mienne.
« Voulez-vous, fit-elle, qu’il soit admis une fois pour toutes qu’entre nous deux il ne peut y avoir désormais d’indiscrétion. Je ne tarderai pas à vous en fournir la preuve pour ma part. Et puis, songez que les minutes s’écoulent avec une rapidité incroyable. Allons, de quoi s’agissait-il ? Sur quoi aviez-vous à m’interroger ?
— Il vaut mieux que votre mère ne soupçonne point que le Graal puisse avoir pour asile Montsalvy. N’est-ce pas ce que vous m’avez laissé entendre tout à l’heure ? Pourquoi ? »
Elle s’était remise à sourire.
« Et moi, savez-vous la question que j’étais sur le point de vous poser, lorsque j’ai failli vous couper la parole ? Inutile de chercher ! La voilà ! Pourquoi, moi qui ne dis tu à personne, dès la première fois que je vous ai vu, ai-je eu envie de vous tutoyer ? Oui, pourquoi ? Comme mes aïeules du bûcher de Montségur, n’est-ce pas à croire que nous avons vécu dans une autre vie ?
— Si ce n’est que cela, ne vous gênez pas, je vous en prie ! murmurai-je, m’emparant à mon tour de sa main, avec un petit rire qui sonna faux.
— Je veux bien ! dit-elle. L’ennui, vois-tu, c’est qu’il y a là une habitude que l’on contracte et que l’on garde, et qui risque ensuite d’étonner les gens. Ta femme, cette adorable Laurence, par exemple… »
Je me tus.
« Est-ce que tu l’aimes ?
— Oui ! répondis-je, avec gravité.
— Je l’espère bien ! »
Elle reprit, après un silence :
« Est-ce que tu lui as dit que tu déjeunais aujourd’hui avec moi ? »
Je secouai la tête :
« Non ! »
La lourde odeur du magnolia allait et venait dans la chambre.
« Pourquoi vaut-il mieux que Mme de Pérella ne sache point que le Graal est peut-être à Montsalvy ? » répétai-je.
Elle éclata de rire.
« Dans l’intérêt même de ce pauvre vieux château ! répondit-elle. Je t’expliquerai cela tout au long. Tu as de la suite dans les idées, en tout cas. Mais c’est un défaut qui ne m’a jamais déplu. »
Elle poursuivit :
« Il y a comme cela pas mal de choses que j’aurai à vous apprendre, si vous désirez y voir tant soit peu clair dans la destinée de celle à qui vous faites l’honneur de vous intéresser. Autrement le récit des curieuses semaines que je viens de vivre là-haut vous demeurerait à peu près inintelligible. Ah ! une question encore, si vous le permettez ?
— Je vous en prie !
— Par la route, en cette saison, vous ne pouvez vous imaginer ce que peut être le parcours d’ici à Montsalvy. Or, je sais que vous avez une automobile. Si je vous avais prié de me conduire chez moi, il y a quinze jours, auriez-vous accepté ?
— Pourquoi pas ?
— Et quand je vais y retourner, à la fin de ce mois, pour les fêtes, accepterez-vous ?
— Pourquoi pas ?
— Et Laurence, que dira-t-elle ?
— Laurence, j’en suis certain, n’y verra aucun inconvénient.
— Bravo ! » fit-elle.
Et elle ajouta, avec un rire un peu forcé :
« Sans compter qu’il n’y aurait aucune raison pour qu’elle ne fût pas du voyage, elle aussi. »
*
Avec elle, et ce n’était point l’une de ses moindres vertus, il n’y avait guère moyen d’être en retard. À trois heures moins le quart, inflexible, elle interrompit notre conversation.
« Déjà ! protestai-je. Vous n’avez même pas commencé à me raconter ce qu’a pu être, durant ces deux semaines, votre existence à Montsalvat ! Pardon, veux-je dire : à Montsalvy !
— C’est ma faute, dit-elle, et aussi la vôtre. Nous tâcherons de nous égarer un peu moins dans les incidentes, de prendre un peu mieux notre temps, la prochaine fois.
— Et ce singulier major Fulbert Cassius ? Et ce non moins singulier lieutenant Karl de Karlenheim ? C’est à peine si vous me les avez présentés ! Vous n’allez pas m’affirmer qu’ils ne vous ont pas fait la cour, qu’ils ne sont pas décidés à vous la faire, dans quinze jours, quand vous allez remonter à Montsalvy ?
— Pour me poser une question pareille, dit-elle, il faut que je me sois bien mal expliquée quant au véritable objet de leurs préoccupations, à l’un et à l’autre. La prochaine fois, vous dis-je ! Ce sera pour la prochaine fois ! »
Elle acheva, avec un sourire :
« En admettant que vous souhaitiez qu’il y ait une prochaine fois. »
Nous étions maintenant debout, l’un en face de l’autre.
« Je ne croyais pas si bien faire, reprit-elle, le jour où je me suis logée à cinq minutes de l’Université. C’est égal, le moment est venu de vous y rendre. Est-ce que vous m’en voudrez beaucoup, si je n’assiste pas à votre cours, aujourd’hui ? Non que quelque chose me retienne !…
— Au contraire, dis-je, vous allez au-devant de mes vœux. Je n’ai pas l’impression que je vais me montrer particulièrement éloquent.
— C’est toujours de cette affaire d’Avignonet que vous allez entretenir votre auditoire ? Lugubre aventure, n’est-ce pas ? Ma famille y a été copieusement mêlée, vous savez ? Si nous avons un jour l’occasion de faire de concert l’ascension de Montségur, il ne tiendra qu’à nous d’évoquer tout ce monde, au Champ des Cramats ! »
Le champ des Cramats n’est autre que l’emplacement du bûcher gigantesque où furent brûlés, le 16 mars 1244, les deux cent dix martyrs de Montségur, après la capitulation de la sainte forteresse.
« Ce jour-là, poursuivit Alcyone, nous monterons là-haut avec quelques fleurs, si vous le voulez bien. Vous les répandrez vous-même sur les lieux où furent dispersées les cendres de mes aïeules, les relapses, curieuses et sombres créatures dont je me sens si près, à certains moments. »
En même temps, sur la pointe des pieds, elle s’était, insensiblement, haussée vers moi.
« La main d’une jeune fille, t’ai-je fait remarquer tout à l’heure, on n’a pas le droit de l’embrasser ! murmura-t-elle d’une voix rauque. Mais, à défaut, voici mes lèvres. Qu’elles soient là, ami très cher, en manière de dédommagement, de Consolamentum, si tu préfères, comme eussent dit mes belles suppliciées. À toi de veiller à ce que quelque jour ce redoutable, ce fatidique sacrement ne te voue point toi aussi aux flammes ! »
Il n’y avait, en tout et pour tout, qu’une quinzaine d’auditeurs à attendre, dans la salle de cours. En temps normal, mon amour-propre en eût souffert. Je m’en accommodai fort bien ce jour-là.
Sur ma chaire, en entrant, j’aperçus une enveloppe. J’eus la surprise de reconnaître l’écriture de ma femme.
« Mme Sevestre est venue vers deux heures, m’expliqua mon appariteur, lorsque j’en eus terminé avec l’histoire d’Avignonet. Elle avait commencé par passer à la bibliothèque. Elle a laissé ceci. »
Laurence m’apprenait qu’elle avait eu de mauvaises nouvelles de Pau. Elle m’attendait de toute urgence à la maison. Dix minutes après, j’étais là.
« Quand tu es venue, je me trouvais chez M. Bacqué le bibliothécaire ! » commençai-je.
Elle m’arrêta d’un geste.
« C’est moi qui m’excuse ! Je n’ai pas l’habitude de venir te relancer à la Faculté. Mais, en l’occurrence…
— Tu as bien fait. Qu’y a-t-il au juste ?
— Eh bien, une communication téléphonique que Mme Dufau a eu la bonté de me transmettre. »
M. Dufau, mari d’une amie de Laurence, était un gros entrepreneur en rapports avec les autorités occupantes. À ce titre, il avait la possibilité de téléphoner de département à département.
« Et alors ?
— Et alors, je ne sais pas grandchose, sinon que mon père a dû avoir une nouvelle attaque. Maman a l’air de souhaiter que j’aille à Pau le plus tôt possible.
— Il faut y aller. As-tu regardé les heures des trains ?
— Oui. Il y en a un à six heures trois quarts. Je serai là-bas à minuit et demie.
— Bien ! Et Catherine ? Tu ne vas pas t’en encombrer ?
— J’aime mieux l’emmener, au contraire. Je serai plus tranquille. Dès demain, je tâcherai de te téléphoner, par l’intermédiaire de M. Dufau. Si cela va plus mal, tu viendras.
— La question ne se pose pas. Demain matin, j’avertirai mon doyen. »
Une heure plus tard, je les accompagnai toutes deux à la gare. Une petite pluie froide s’était mise à tomber. Nous n’échangeâmes que peu de paroles. Bizarres instants ! J’avais l’impression de m’être beaucoup trop occupé du Graal, ce jour-là.
Nous trouvâmes un compartiment où il n’y avait qu’une vieille dame. On put allonger Catherine, qui dormait déjà. Dix minutes plus tard, le train s’ébranlait. Je restai sur le quai jusqu’au moment où se fut effacée la lanterne du dernier wagon…
Elle n’en finissait point de disparaître.